L’extension du domaine de la lutte

Ville de banlieue, chambre anonyme, petit travail, salaire correct, peu d’intérêt, pas d’amis, de vagues relations. Aucune envie, plus de désir, quelques habitudes. C’est tout un monde de désespoir et de non-sens qui s’ouvre en même temps que commence ce roman des perdants et des abandonnés, ceux qui ont érigé la routine en mode de vie, le renoncement en principe, le défaitisme en valeur.

On pourrait en rester là : mais l’auteur va tellement loin dans sa peinture clinique, crue, désenchantée, qu’on relève la tête et le défi. Plus que son antihéros, en tout cas : c’est du moins ce qu’il faut se souhaiter…

Écrit avant Les Particules élémentaires, le roman sulfureux qui fit la notoriété de Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte est de la même veine : plume acérée, aride, assassine. On en sort laminé, mais bien déterminé à continuer la lutte, et c’est là que tout le paradoxe de la littérature prend un sens. Un roman saisissant à lire avec précautions. –Karla Manuele

Voici l’odyssée désenchantée d’un informaticien entre deux âges, jouant son rôle en observant les mouvements humains et les banalités qui s’échangent autour des machines à café. L’installation d’un progiciel en province lui permettra d’étendre le champ de ses observations, d’anéantir les dernières illusions d’un collègue – obsédé malchanceux – et d’élaborer une théorie complète du libéralisme, qu’il soit économique ou sexuel.

Quatrième de couverture

 » Vendredi soir, j’étais invité à une soirée chez un collègue de travail. On était une bonne trentaine, rien que des cadres moyens âgés de vingt-cinq à quarante ans. A un moment donné, il y a une connasse qui a commencé à se déshabiller. Elle a ôté son T-shirt, puis son soutien-gorge, puis sa jupe, tout ça en faisant des mines incroyables. Elle a encore tournoyé en petite culotte pendant quelques secondes, et puis elle a commencé à se resaper ne voyant plus quoi faire d’autre. D’ailleurs c’est une fille qui ne couche avec personne. Ce qui souligne bien l’absurdité de son comportement.  » Ainsi débute l’odyssée désenchantée d’un informaticien entre deux âges, peu convaincu de l’intérêt de son métier, jouant toutefois son rôle en observant les mouvements humains et les banalités qui s’échangent autour des machines à café. L’installation d’un progiciel en province lui permettra d’étendre le champ de ses observations, d’anéantir les dernières illusions d’un collègue – obsédé malchanceux – et d’élaborer une théorie complète du libéralisme, qu’il soit économique ou sexuel. –Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre. »

Auteur  : Michel Houellebecq